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Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon
"Adieu la peine et le plaisir, adieu les roses/ Adieu la vie, adieu la lumière et le vent..." Les résistants Missak et Mélinée Manouchian sont entrés au Panthéon ce mercredi 21 février, avec leurs compagnons d'armes. Lors de la cérémonie, a eu lieu un hommage musical, marquée par une sublime reprise de L'affiche rouge. Un éloge funèbre des suppliciés interprété par le groupe Feu! Chatterton, porté par la voix du chanteur Arthur Teboul, face aux deux cercueils de Missak et Mélinée Manouchian recouverts du drapeau français. C'est une séquence magnifique, poignante, à revivre dans la vidéo en tête de cet article.
Rescapé du génocide arménien, apatride, réfugié en France, Missak Manouchian rejoignit la résistance communiste (Francs-tireurs et partisans – Main-d'œuvre immigrée/FTP-MOI), parmi laquelle il s'illustra à la tête d'un réseau très actif. Arrêté, il fut fusillé par les Allemands à 37 ans, le 21 février 1944, avec une vingtaine de ses camarades. Dix d'entre eux figuraient sur l'"Affiche rouge" (le titre de la chanson) placardée dans les rues par l'occupant, qui les présentait comme "l'armée du crime", jouant sur les ressorts psychologiques de la peur et de la xénophobie. Dans le deuxième tome de son autobiographie, La Force de l’âge, en 1960, Simone de Beauvoir écrivait : "Malgré la grossièreté des clichés, tous ces visages qu'on proposait à notre haine étaient émouvants et même beaux ; je les regardai longtemps, sous les voûtes du métro, pensant avec tristesse que je les oublierai".
En 1955, Louis Aragon avait rendu hommage à ces "vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" dans son poème "Strophes pour se souvenir", s'inspirant de la dernière lettre que Missak Manouchian adressa à sa femme Mélinée (qui lui survécut 45 ans et entrera également au Panthéon). Un poème que Léo Ferré avait repris en chanson en 1961. Une mélodie rythmée par un roulement de tambour pour mettre en valeur le sacrifice de ces hommes qui n’avaient pas "réclamé la gloire, ni les larmes, ni l’orgue, ni la prière aux agonisants".
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Ce n'est pas la première fois que Feu! Chatterton a repris cette chanson : dès 2021, ils ont commencé à la reprendre en concert, ressentant l'émotion palpable du public. Peut-être parce qu'à travers cet hommage, s'il s'agit bien de parler des morts, il s'agit aussi, peut-être paradoxalement, de célébrer la vie par l'art comme force transcendante et de se battre pour elle, à en mourir. "C'est la chanson qui est forte, nous ne sommes que des passeurs", assure humblement Arthur Teboul en entretien. Une modestie qui l'honore, mais qui ne saurait traduire ce qui s'est produit ce mercredi 21 février, ce soir-là, au Panthéon, sous une pluie de larmes, avivant chez ceux qui étaient présents sur place ou regardant la cérémonie derrière leurs écrans, une mélancolie sidérale ; pensant qu'on ne l'oubliera pas.
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